Salut les p'tits loups ! Aujourd'hui faut mobiliser vos neurones, ça va décoiffer. Alors voilà : Comment ça se fait que je me retrouve, moi, pauvre andouille, a tenter d'animer, avec un compère hollandais, une espèce de méta-réseau des réseaux européens agissant dans le domaine des drogues, tout ça dans le but d'être consultés par la commission européenne ? He bien je vais vous le dire....
Bon alors l'Europe déjà c'est quoi ? Une association d'états qui ont décidé de faire des choses ensemble. Bien. Donc l'assemblée générale de cette association de pays, c'est le Conseil, là où se réunissent les représentants des membres de l'asso, c'est à dire les chefs d'états ou les ministres, en fonction des sujets abordés. OK. C'est donc eux qui décident. Normal, dans une asso l'Assemblée générale est souveraine. Le Conseil a donc le pouvoir législatif. Mais comme ça fait pas terrible que des gouvernements, qui sont sensés ne détenir que le pouvoir exécutif, détiennent en réalité un pouvoir législatif une fois qu'ils sont à Bruxelles, il a donc été décidé de créer un Parlement européen pour représenter les citoyens et partager avec le Conseil ce pouvoir législatif. OK, c'est loin d'être parfait mais why not ?
Mais alors qui détiend le pouvoir exécutif ? Ben c'est la Commission, qui elle ne représente pas les états mais "l'intérêt supérieur" de l'Europe. Donc la Commission exécute les politiques européennes mais aussi elle les proposent. En pratique le Conseil il dit à la Commission : "Nous on voudrait coordonner nos politiques en matière de drogues, histoire d'être un peu cohérents, parce que ce serait quand même mieux que si on part chacun dans une direction différente, enfin bon, démerde-toi de nous pondre quelque chose là-dessus". La Commission elle dit "Ok" (bon elle a pas le choix non plus) et elle pond un document super compliqué qui s'appelle une proposition de base. Dans le cas présent c'est la proposition de base pour une Stratégie Européenne en matière de drogues. Alors là le Parlement il donne son avis là-dessus, enfin sur la proposition, et ensuite le Conseil, sur la base proposée par la Commission et amélioré par le Parlement, he ben il décide, c'est à dire qu'il adopte une version finale de la fameuse stratégie, puis il dit à la Commission "bon allez au boulot ma cocotte tu vas nous faire ce qu'on a décidé". Et elle, bonne fille, elle se met au boulot. Vous voyez, c'est pas compliqué, pas de quoi en faire un plat. Mais alors, cette Commission, comment que c'est-y qu'elle fait pour pondre une proposition de base alors qu'a priori elle y connait rien ou pas grand chose ? On voit plus tard, soyez pas impatients comme ça ! Bon fin du premier épisode.
Second épisode : La société civile, c'est quoi cette chose ? Bon là ça commence mal, tout le monde n'est pas d'accord. En gros c'est les ONG, les syndicats, les groupes d'intérêt, les églises, les experts, les chercheurs... pour certains les entreprises en font partie, pour d'autres non et pareil pour les villes et les régions. Bon nous on s'en fout à notre niveau, ça change pas le raisonnement. En tout cas c'est pas les institutions qui, elles, travaillent avec la société civile au niveau local, régional et national. Les états, c'est à dire les gouvernements, les parlements nationaux, etc. consultent la société civile, négocient avec, l'encadrent, la soutiennent ou la brident. Bref. On voit bien de quoi il s'agit, on vit pas dans des cavernes non plus. Mais alors, comment ça se passe au niveau Européen ?
Troisième épidose : Ben du côté du Conseil et du Parlement européen c'est assez simple, chaque état membre, chaque député européen, représente sa société civile à lui et les vaches sont bien gardées.
Mais alors, et la Commission européenne comment elle fait, elle, pour travailler avec la société civile vu qu'elle représente l'Europe tout entière mais rien en particulier ? Pourtant faut bien qu'elle consulte la société civile pour pondre sa proposition de base. Des experts, des assos, tout ça, qui s'y connaissent un peu sur la drogue et qui peuvent lui donner des bonnes idées.
Bon alors au début, en général, pour la drogue comme pour le reste, elle consultait surtout les lobbies qui sont installés en nombre à Bruxelles pour défendre leurs intérêts en lobbyant sauvagement auprès de la Commission, des députés européens ou des technocrates du Conseil (oui parce que les ministres ou les chefs d'état, ils viennent pas souvent à Bruxelles, ils ont d'autres chats à fouetter à la maison, alors c'est une armée de technocrates qui font le boulot pour eux). Ok mais ça fait pas très démocratique tout ça alors la Commission elle s'est dit qu'il fallait peut-être organiser un peu tout ce bordel et elle a mis en place une politique de consultation de la société civile plus transparente. Sympa de sa part. Mais alors pour la drogue, comment que ça se passe ? Keep cool baby, on y arrive...
Quatrième épisode : Jusqu'en 2006 ça se passait en fait pas. Comme ça c'était simple. Puis sur pression du Parlement, la Commission a dû faire quelque chose. Alors en janvier 2006, elle a invité tout le monde à une conférence pour demander à la société civile comment que c'est-y qu'on voulait être consultés. J'y étais ! trop cool... Alors on lui a dit. Bon en même temps on n'a pas fait le voyage à Bruxelles pour fermer notre gueule. Bon, suite à ça, la Commission, toute contente, a pondu en juillet 2006 un Livre Vert ou elle reprenait nos propositions pour que, plus officiellement, on dise ce qu'on en pensait avant la fin septembre 2006. Alors évidemment nous on a envoyé notre commentaire (nous = le méta-réseau des réseaux, faut suivre un peu....). Bon, puis plus rien... on s'impatiente un peu... puis là, soudainement, elle nous rend son rapport sur les commentaires qu'elle a reçus et elle dit qu'elle a décidé de créer un forum de 30 places pour représenter cette foutue société civile et que les ceusses qui veulent s'assoir autour de la table, he bien il faut qu'ils en fassent la demande (Download application_form_en.doc), et ce avant le 17 août 2007, et que elle, ensuite, elle sélectionnera dans le tas les plus représentatifs. Evidemment, les réseaux européens sont prioritaires vu qu'ils ont une vision européenne du schmilblik et que donc c'est mieux. Donc cool pour nous. Evidemment on va postuler. Et fin 2007 le forum fera sa première réunion. Vous voyez, c'est simple.... (c'est ironique là, le processus officiel a quand même duré 2 ans mine de rien pour accoucher d'une souris...). Bon ok mais moi qu'est-ce que je viens foutre là-dedans au fait ? Deux secondes, je me fais un café...
Cinquième épisode (la photo vient du site teufeurs.org) : En 1995 (vous n'étiez pas nés) j'étais un teufeur qui gobais gaiement des ecstas et qui a un peu pèté les plombs avec ça. Alors je me suis dit qu'il faudrait peut-être faire un peu de prévention dans les teufs pour limiter les dégâts. Du coup l'association Techno Plus a vu le jour. C'était le bon temps (enfin pour moi, car elle existe toujours). Puis on est rentré en contact avec des assos européennes de teufeurs et clubeurs qui faisaient de la prévention comme nous et on a, tous ensemble, tous ensemble, ouais, créer le réseau Basics. Trop de la balle ! On a même reçu de la tune de la Commission pour échanger entre nous, car plusieurs têtes, même de teufeurs, réflechissent mieux qu'une. Suite à ça, en 2003, j'ai organisé, avec une députée européenne, une conférence au parlement européen pour réunir les différents réseaux européenns travaillant sur les drogues, dont Basics bien sûr, et les institutions europénnes concernées afin qu'on travaillent mieux ensemble que chacun de son côté, comme c'était le cas jusqu'à ce moment. Je suis trop fort ! Alors du coup depuis j'anime un peu une sorte de méta-réseau de ces réseaux européens (EADPP) et là on est en train de se coordonner entre nous pour postuler quelques sièges à ce fameux futur forum de la société civile en matière de drogues. C'est tout ? OUI !
OUF ! He ben vous voyez, on y est arrivé :o) Mais et la conclusion ? La morale de l'histoire ? ben y en a pas, juste pour dire que les choses sont simples et compliquées à la fois, même Confucius aurait pas fait pire, c'est vous dire...
Bonne nuit les petits....